LA CHASSE AUX LONGICORNES

 
Différentes techniques permettent la capture de différentes espèces, alors pour obtenir le maximum d'espèces il faut varier les méthodes de chasse. Ci-dessous sont décrites les méthodes les plus fréquemment utilisées.


LE BATTAGE


L'utilisation du battoir, ou parapluie japonais, est privilégiée par beaucoup de collectionneurs. Elle permet la capture de plusieurs espèces difficiles à récolter autrement.
Pour ce faire, il faut placer le battoir sous un buisson ou des branches d'arbre, et donner un coup sec sur cette végétation à l'aide d'un bâton, ce qui a pour effet de faire tomber sur le battoir les espèces s'y étant dissimulé. Plusieurs espèces font le mort, tandis que d'autres s'envolent très rapidement, il faut donc être prêt à toute éventualité dès que le coup est donné. Quelques rapides mouvements gauche-droite du battoir peuvent prévenir momentanément l'envol de ces espèces nerveuses en les débalançant le temps de les saisir.

Un petit pot en plastique transparent avec un bouchon ouvrable d'une seule main est utile pour une collecte rapide des insectes sur le battoir. Il est essentiel de NE PAS laisser plusieurs Cerambycidae dans un contenant exiguë, car ils ont la fâcheuse tendance de se mordiller antennes et pattes entre eux. Donc, il faut les transférer dans le pot à poison sans perdre de temps.

Une session de battage au hasard dans une forêt dense ne donnera probablement pas les résultats escomptés. Le meilleur endroit pour battre le feuillage des arbres et les buissons est sur les pourtours d'un boisé ou encore le long des sentiers. Une bonne connaissance des plantes hôtes va augmenter considérablement les résultats en permettant la capture d'espèces ciblées.

Le battage des plantes vivantes peut donner de bons résultats, car plusieurs espèces norturnes se cachent dans le feuillage pendant le jour. Mais les arbres récemment morts ou mourants seront d'un intérêt particulier pour le collectionneur de longicornes qui verra là une occasion de récolte riche de promesses. Il faut toujours garder un oeil sur le sommet des arbres dans une forêt, car c'est de cette façon que l'on localisera les arbres récemment morts ou mourants. L'état du sommet des arbres est une bonne indication de leur santé. Les arbres dont les feuilles mortes sont encore rattachées à leurs branches sont ce qu'il faut surtout rechercher. Tout en recherchant ces arbres, il faut aussi s'intéresser aux arbres bien en vie dont une ou plusieurs branches ont été récemment cassées et battre ces branches, même celles qui semblent trop petites pour abriter quoi que ce soit.

Une fois arrivé à l'arbre recherché, commencer par une inspection visuelle du tronc et des branches maîtresses en prenant bien soin de ne pas toucher aux branches car la moindre secousse déclenchera une chute au sol de bien des espèces. Pour ce qui est des arbres tombés, porter une attention particulière au dessous du tronc (aux endroits où celui-ci ne touche pas au sol) et des branches. Ensuite, après cette inspection, disposer le battoir sous les branches mortes de façon à couvrir la plus grande surface possible, toujours en faisant attention de ne pas secouer les branches. Un solide coup sur le dessus de ces branches fera le boulot, il ne restera plus alors qu'à récolter les espèces ainsi délogées.

Mais, avant de donner ce premier coup, le chasseur expérimenté aura auparavant fait mentalement un plan de match, repérant les endroit les plus propices à battre et les battant ensuite par priorité. Il sait qu'entre deux endroits propices situés trop près l'un de l'autre il devra choisir un seul des deux, car le coup donné fera probablement tomber les spécimens ressentant la secousse ailleurs sur la même branche ou sur une branche voisine. Malgré cela, il importe de battre quand même ces endroit secoués car une minorité d'espèces s'agrippe au lieu de se laisser choir. Il faut donc battre deux fois plutôt qu'une. On peut aussi étendre un grand drap blanc sous les branches à battre, ce qui augmente considérablement la surface de récolte...mais c'est plus fastidieux que d'y aller tout simplement avec le battoir.

Certaines espèces se cachent dans les crevasses de l'écorce du tronc et des branches trop imposantes pour être battues. Il faut alors sortir de son sac une pe
tite brosse prévue pour cette situation. Le battoir maintenu à l'horizontale et apposé sur le tronc de façon à en épouser la forme, brosser de haut en bas comme si on voulait nettoyer le tronc. Pour les grosses branches et le tronc, mettre le battoir sous la surface à inspecter, et y passer doucement la brosse.

Si vous chassez régulièrement dans une région, ou êtes dans un endroit pour un certain temps, retournez souvent voir vos arbres les plus productifs, de jour et surtout en soirée. Différentes espèces sont actives à différentes périodes de l'année, donc le fait de ne rien récolter sur un arbre semblant propice ne veut vraiment pas dire que l'on n'y retrouvera rien au courant d'une visite ultérieure.

Pour ce qui est des arbres tombés, il peut être souhaitable de scier les petites branches qui font obstacle à une bonne inspection du tronc et des branches principales. Mettre ces petites branches ensemble au sol. Lors d'une prochaine visite, elles pourront être secouées au-dessus du battoir sans que les vibrations ne communiquent avec les branches rattachées à l'arbre.

Le battoir est utile aussi pour les arbres dont l'écorce se détache quand on veut capturer les insectes s'y étant caché. Pour ce faire, accoter tout comme il a été dit plus tôt le battoir contre le tronc sous l'écorce à enlever. Retirer alors l'écorce et tout ce qui s'y trouvait tombe dans le battoir ou bien reste sur le tronc bien à la vue. Il faut aussi inspecter le dessous de l'écorce prélevée.

Pour les collectionneurs s'intéressant aussi aux autres familles, le battoir est un outil indispensable. On peut y jeter pour examen à peu près n'importe quoi allant des champignons à la litière forestière.
Les chasseurs expérimentés savent comment il peut être difficile de retrouver un insecte que l'on a vu tomber sur un sol non dénudé. Malgré une recherche minutieuse de l'endroit précis de la chute, l'insecte demeure souvent introuvable parmi les feuilles mortes, les brindilles, etc... Le meilleur moyen de mettre rapidement la main sur ces individus évanescents, c'est de prendre
(sur une superficie d'environ 30cm x 30cm) et de jeter sur le battoir tous ces détritus forestiers. Une courte inspection permet en général de retrouver le spécimen fugitif.



LE FAUCHAGE


La technique du fauchage, quoique moins productive que celle du battage, permet d'obtenir des espèces généralement non capturées au battoir, notamment les espèces associées aux plantes herbacées.
Muni d'un filet résistant il s'agit de faucher avec vigueur la base des plantes dans les champs ou autres milieux en prenant bien soin de faucher du bas vers le haut. Souvent, un fauchage au hasard de gauche à droite pendant quelques minutes dans un champs sauvage aux espèces végétales variées donne quelques spécimens de longicornes, et assurément plusieurs, voire une douzaine et plus d'espèces de coléoptères appartenant à d'autres familles



LES COURS À BOIS


Une cours à bois, c'est l'endroit où une entreprise entrepose des arbres ébranchés provenant de coupes forestières. Ces arbres, souvent assez fraîchement coupés, sont normalement regroupés par essence et empilés les uns sur les autres.

Il y a les "cours à bois" temporaires, situées directement à l'endroit où les arbres sont coupés. Ces arbres sont généralement laissés sur place, bien empilés, pendant quelques jours à quelques semaines tout au plus. Il faut être opportuniste, i.e. passer par là au bon moment sinon tout est ramassé et il ne reste plus rien. Et il y a les cours à bois permanentes, où il y a du bois à l'année longue. C'est l'endroit où est entreposé le bois qu'achètent les différentes entreprises.


Il s'agit donc de localiser ces entreprises, préférablement en milieu forestier car les insectes attirés par ces essences y viendront plus nombreux. En effet, on y chasse les insectes qui viennent pondre ou se reproduire. Les longicornes sont souvent vus arrivant au vol vers ces arbres empilés. Lors d'inspections minutieuses de la surface de ceux-ci, on trouvera des spécimens immobiles, cachés sous les bûches, alors que d'autres marcheront bien à la vue en plein soleil.

Filet en main, par une chaude journée ensoleillée en fin d'après-midi ou en début de soirée avant le coucher du soleil, ces cours à bois peuvent donner des résultats intéressants. D'autres heures de la journée peuvent aussi donner de bonnes captures, alors qu'après le coucher du soleil les espèces nocturnes s'activent une fois sorties de leur cachette. Une lampe de poche permettra alors de capturer ces espèces qui ne sont généralement pas rencontrées durant le jour.

Certaines cours à bois sont munies de dispositifs anti-insectes qui pulvérisent à l'aide de boyaux des insecticides à la surface du bois. Ces cours sont à éviter pour raison de santé, et aussi parce qu'elles sont pratiquement dépourvues d'insectes.
D'autres cours arrosent périodiquement leur bois avec de l'eau fraîche, peut-être pour éviter que leurs arbres ne se dessèche trop au soleil. Comment distinguer les cours à bois qui emploient des insecticides des autres? Il suffit de s'informer auprès du propriétaire ou des employés sur place. De toute façon, il faut passer par eux si l'on compte chasser sur leur terrain, car il est toujours préférable d'obtenir une permission avant de commencer les collectes. Ils seront heureux que vous les débarrassiez de ces insectes qui s'attaquent directement à leur gagne-pain.


SUR LES FLEURS


En région tempérée, du moins dans la zone holarctique, la chasse à la vue sur les fleurs donne d'excellents résultats pour ce qui est des Lepturinae. Elle permet aussi, dans une moindre mesure, la capture de certains Cerambycinae, comme des Clytini, entre autres. Le chasseur apprendra vite à reconnaître les fleurs plus propices aux espèces dites floricoles. Toutefois, il ne faut pas négliger les fleurs semblant moins productives car certaines espèces de Cerambycidae sont assez restrictives quant à leur choix de fleurs à visiter, et ne sont parfois associées qu'à une unique source de nectar.

Il est recommandé de toujours avoir un filet entre les mains. Lors de la récolte manuelle des Cerambycidae sur les fleurs, mettre le filet sous celles-ci pour parer à toutes éventualités. Si plusieurs spécimens se retrouvent ensemble sur une ou des fleurs, secouer le tout à l'intérieur du filet en prenant soin de ne pas trop déranger les fleurs avoisinantes sur lesquelles d'autres captures potentielles sont occupées à s'accoupler et / ou à se nourrir.

Pour les fleurs
moins accessibles provenant d'arbustes et de plantes plus hautes, mettre le filet sous les fleurs et donner un coup sur la tige. Lorsque dérangées, plusieurs espèces s'envolent en se laissant tomber. Alternativement, on peut couvrir les fleurs avec le filet en secouant légèrement.

Pour les gros arbres en fleurs, un battoir est recommandé. Lorsque les Lepturinae et / ou les Cerambycinae y tombent, allez-y selon vos priorités et ne perdez vraiment pas de temps.


CHASSE DE NUIT


Cette méthode est la plus productive de toutes lorsque les conditions idéales sont réunies, i.e. lorsque la température est chaude et que la lune est absente ou cachée par un épais couvert nuageux. Par contre, lors d'une sécheresse, d'une pleine lune ou quand c'est très venteux, la chasse de nuit risque de décevoir.

Lorsque l'on parle d'une chasse de nuit, cela veut dire généralement une chasse passive à la lumière ultra-violet (UV) ou à la lampe au mercure. On installe le piège, et on attend.

Au lieu de demeurer auprès du piège dans l'attente de captures intéressantes, allez voir aux lumières des commerces et autres bâtiments se trouvant près de votre site de chasse. Un filet au manche téléscopique est recommandé car les lumières et les spécimens attirés sont souvent hors de portée.
Aussi, allez chasser avec votre lampe de poche ou votre lampe frontale, sur des arbres fraîchement morts ou, encore mieux, mourants, répertoriés pendant le jour. Ces techniques augmenteront considérablement vos captures de la soirée. Certains soirs, les captures les plus intéressantes proviennent de ces chasses secondaires.

UV ou mercure? Bonne question car chacun a ses avantages. Les néons UV consomment très peu de d'énergie, on peut donc utiliser une batterie rechargeable pour les alimenter pour toute la durée d'une chasse et même plus. Une lampe au mercure est très énergivore, ça prend donc une prise électrique ou bien une génératrice. Sous nos latitudes (sud du Québec), je n'ai pas remarqué de différence, les pièges UV attirant autant d'espèces en quantités similaires. Mais il ne faut pas en tirer de conclusions, je n'ai fait la comparaison qu'une seule fois. L'intensité d'une ampoule au mercure de 250 ou 500 watts attire assurément des espèces de plus loin que le néon UV standard de 15 watts, mais en forêt dense il peut n'y avoir pas grand différence. C'est en milieu plus ouvert qu'elle risque de supplanter le discret néon UV. Pour son côté pratique, je privilégie le néon UV qui donne quand même des résultats vraiment excellents.

Le matériel de base pour une chasse de nuit peut être le suivant :

- Un néon UV muni d'une prise d'attachement pour batterie
- Une batterie rechargeable type moto ou autre
- Deux draps blancs de bonne dimension
- Une longue corde et des épingles à linge
- Une lampe frontale, des ampoules et des batteries de rechange
- Matériel pour tuer et remiser les spécimens à récolter
- Un battoir et / ou un filet

En forêt ou ailleurs, il est sage de faire une bonne reconnaissance des lieux pendant le jour. On pourra ainsi sauver du temps en choisissant d'avance le meilleur endroit où installer le piège. On pourra aussi se mettre en mémoire l'emplacement des arbres mort récemment ou mourants, ce qui risque d'être fructueux la nuit venue.
L'emplacement du piège UV est très important. Le haut d'une colline est toujours meilleurs que le bas, car la chaleur accumulée durant le jour monte, et les insectes ont tendance à suivre ces courants d'air chaud. Il est aussi préférable que le devant et l'arrière du piège soient dégagés, qu'il n'y ait pas de buissons ou d'arbustes aux abords immédiats (moins de 10 mètres) de la source lumineuse. Sinon plusieurs insectes se posent sur ces buissons et y restent. D'ailleurs, il est bon de se servir du battoir pour battre la végétation aux abords du piège après son démantèlement, on y capture souvent des insectes intéressants.

L'installation:

Deux arbres matures distancés l'un de l'autre d'au moins quatre mètres en haut d'une colline boisée, voilà un emplacement qui semble prometteur. Commencer par installer la corde, que l'on attache solidement à l'un des arbres à environ deux mètres du sol. Prendre ensuite la corde et la passer derrière le deuxième arbre pour revenir au point d'attache, tendre solidement le tout et attacher encore. Le but est d'obtenir deux lignes parallèles entre les arbres. Attacher ensuite le drap sur une des cordes à l'aide d'épingles à linge de telle sorte que le bas du drap repose au sol sur une distance d'une vingtaine de centimètres. Laisser aussi une vingtaine de centimètres de libres en haut au point d'attache;
les insectes qui arrivent sur le drap marchent habituellement vers le haut et vont se cacher sous cette frange, ce qui prévient leur envol. Mettre au sol l'autre drap pour que son centre soit sous la base du drap suspendu. Placer la batterie sur le rebord du drap suspendu par terre au centre. Pour éviter que le drap suspendu ballotte au vent, mettre une roche de chaque côté sur son rebord. L'objectif est d'obtenir une surface verticale la plus droite possible, sans aucun replis. Accrocher le néon UV sur l'autre corde faisant face au drap suspendu, idéalement à environ 20 à 30 centimètres de celui-ci. Vu du devant, ça ressemble à ceci. Il est à noter qu'il est préférable d'utiliser un drap mince qui laisse passer la lumière, ce qui attirera également les insectes par le côté opposé au néon.

Connecter le néon à la batterie une demi-heure avant le coucher du soleil ou dès que la clarté environnante commence à décroître. En effet, certaines espèces ne volent qu'à la tombée du jour, alors que des espèces diurnes peuvent ainsi être interceptées lors de leur dernier vol de la journée. Lors de l'inspection du drap, toujours commencer par le sommet et les cordes, car les espèces qui se retrouvent à ces endroits seront les premièrs à s'envoler. Après cela, vérifier le drap en tant que tel sur les deux côtés et ensuite les tronc des arbres auquels le piège est accroché ainsi que les arbres situés à proximité. La dernière place à regarder est sous la frange, car les insectes qui s'y retrouvent sont pour ainsi dire à demi captifs, souvent inactifs et ne risquent pas de s'envoler.

Du coucher du soleil jusqu'à minuit semble être une durée de chasse raisonnable, mais quand les spécimens continuent à affluer, il est difficile de se résigner à plier bagages. Par contre, quand la température baisse rapidement, il arrive que plus rien d'intéressant ne vienne au drap passé 23hr. Règle générale, quand la température baisse sous les 20 degrés Celsius, il est préférable d'abdiquer...à moins de chasser les lépidoptères, qui peuvent se révéler être une excellente monnaie d'échange.

Une pratique courante est l'installation de 2 pièges lumineux par chasseur à différents endroits à un site en particulier. Il faut s'assurer que les pièges ne compétitionnent pas entre eux, donc il est mieux de les placer de telle sorte qu'ils ne soient pas visibles entre eux. Ces pièges multiples dans un même environnement donnent parfois des résultats différents, surtout pour les espèces moins communes. En marchant d'un site à l'autre, ça donne l'occasion de visiter les arbres morts ou mourants répertoriés plus tôt dans la journée.

Horaire Typique d'une Chasse de Nuit:

1- En voiture vers le site, prendre note des lumières des bâtiments et commerces avoisinant le lieu de chasse.


2- Deux heures avant le coucher du soleil (si le site est nouveau), se promener (en profiter pour battre et / ou faucher pendant ce temps) et choisir les meilleurs emplacements pour l'installation des pièges. Mémoriser les sentiers et l'emplacement des arbres morts ou mourants.

3- 45 minutes avant le coucher du soleil, installer les pièges sans les activer.

4- Retourner au premier piège et s'arranger pour que tous soient allumés 30 minutes avant le coucher du soleil.

5-
Première inspection minutieuse des arbres morts ou mourants. Les espèces nocturnes commencent parfois à s'y promener un peu avant que le soleil ne soit complètement couché.

6- Peu après le coucher du soleil, visiter les pièges car des espèces peuvent vraiment arriver tôt.

7- Pause-café

8- Retour aux pièges. En marchant entre les pièges, "vérifier" les arbres morts ou mourants. Improviser des inspections sur des arbres non-répertoriés auparavant, vivants ou pas.

9- De temps en temps, dépendant où l'on chasse, prendre la voiture et aller visiter les lumières des commerces et autres dont on a pris note plus tôt.

Une chasse de nuit est loin d'être passive. Au lieu de simplement s'asseoir et d'attendre auprès du piège, il y a tellement à faire que l'on a vraiment pas le temps de s'ennuyer.


ÉLEVAGE


L'élevage de longicornes se fait à partir de branches infestées que l'on ramène chez soi pour les entreposer dans une cage ou autre jusqu'à l'émergence des adultes, ou imagos.
En premier lieu il faut localiser les branches en question, ce qui est loin d'être évident pour l'oeil non averti. Les branches d'arbres ou d'arbustes morts depuis quelques mois à un an ou deux seront d'un intérêt particulier. Un bon indice d'infestation est le brin de scie que les larves éjectent par de petits trous. On peut aussi soulever l'écorce à l'aide d'un outil approprié pour y rechercher des galeries larvaires.

La présence de galeries sous l'écorce n'est qu'un indice, cela ne garantit pas la présence des larves convoitées; si la branche en question contient un ou des trous d'émergence il se peut que le cycle se soit complété avant notre arrivée sur les lieux et que la branche ne contienne plus que des galeries vides. Mais il ne faut pas tirer nos conclusions trop vite, car malgré la présence de trous d'émergence il se peut fort bien qu'il y ait dans ce bois d'autres larves ou bien des nymphes appartenant ou non à l'espèce ayant déjà émergé, surtout si la branche est relativement fraîche.

Lorsque l'on a repéré des branches prometteuses, il suffit de les couper et de les ramener pour les entreposer dans un contenant approprié qui peut être une cage que l'on aura construite à cet effet ou encore un grand aquarium recouvert d'un moustiquaire. En zone tempérée, le bois récolté doit être remisé à l'extérieur peu avant l'arrivée de la saison froide, car la plupart des espèces requièrent une période de froid donnant lieu à la diapause pour compléter leur développement. Une chambre froide peut convenir, mais il est conseillé d'exposer ces branches aux mêmes conditions que si elles se trouvaient en milieu naturel, et cela pour déranger le moins possible un cycle souvent fragile et non adapté aux imprévus que peut occasionner une intervention humaine.

Il faut garder à l'esprit que certaines espèces ont un cycle de développement s'étendant sur 2 ans voire plus, donc ce n'est pas parce que l'on ramène chez soi des branches infestées qu'il en sortira des imagos dans les mois qui suivent. Les espèces se développant dans de petites branches ont souvent un cycle d'un an, mais tout dépend de tellement de facteurs (latitude, sécheresse, etc...) qu'il serait pour le moins hasardeux d'en faire autre chose qu'une généralité. Une même espèce peut avoir un cycle de deux ans au Canada et d'une seule année plus au sud comme en Floride par exemple.

Certaines larves émettent un son caractéristique lorsqu'elles creusent leurs galeries. Lorsque facilement audibles, elles appartiennent à des espèces de plus grande envergure, les Monochamini en sont un bon exemple. Ce grignotement peut s'entendre d'assez loin lorsque l'on tend l'oreille; on sait alors qu'il y a un arbre infesté dans les environs, il suffit de localiser la source.

Les espèces produisant ces sons ne sont pas nécessairement des Cerambycidae, il peut aussi s'agir de Buprestidae qui infestent souvent les mêmes arbres que les Cerambycidae. Cependant, les larves de ces deux familles se différencient facilement; celles des Buprestidae ont le devant du corps (derrière la tête) aplati , arrondi et beaucoup plus large que le reste du corps, tandis que pour les Cerambycidae cette partie est cylindrique et constitue une continuation progressive des segments précédents.

Avec une bonne connaissance de l'écologie des espèces, on peut casser quelques branches de l'espèce-hôte quelques semaines avant la période de reproduction des  Cerambycidae visés. Ensuite, après la période d'activité des adultes, récolter ces branches et mettre en cage. Il est conseillé de ne pas trop attendre avant de récolter les branches, car une récolte tardive peut donner lieu à du parasitisme. La récolte de bois fraîchement infesté permet de grandement abaisser ou d'éliminer complètement le parasitisme. Plusieurs espèces de capture occasionnelle peuvent être collectées en quantités considérables en élevage.

En terminant, le grillage des cages d'élevage doit être solide, en métal. Les Cerambycidae ont des mâchoires acérées qui coupent aisément les matières moins résistantes.


PIÈGE À FERMENTATION


Méthode intéressante de chasse passive, le piège à fermentation, ou piège à vin, peut attirer des espèces qui seraient autrement difficiles à capturer.
 
Quelques bananes bien noircies au soleil dans un contenant transparent et hermétique constituent une bonne base pour une recette qui est aussi diversifiée qu'il y a de gens pratiquant ce type de chasse. À cela on peut ensuite rajouter quelques bières, du sucre brun, de la mélasse, de la levure, quelques morceaux de fruits périmés, un peu de rhum, du vin et de l'eau. Laisser fermenter le tout pendant quelques jours au soleil (de préférence dans un contenant transparent et bien fermé) et le produit est prêt à être utilisé.

Le liquide obtenu est ce qu'il convient d'appeler de la miellée, terme surtout utilisé par les chasseurs de papillons nocturnes qui étendent cette substance avec un pinceau sur le tronc des arbres afin d'y capturer les papillons qui viennent s'en repaître.

Le processus est autre quand on parle de piège à fermentation. Le précieux liquide est versé dans un contenant en plastique dans lequel on aura préalablement pratiqué une ouverture dans le tiers supérieur. Les contenants d'eau de source de 4 litres avec une anse sont parfaits. À l'aide d'une corde passée par l'anse, on attache le contenant à une branche d'arbre assez haute pour éviter qu'un animal ne vienne renverser le tout. Pour de meilleurs résultats, s'arranger pour que le contenant soit exposé au soleil, du moins pendant une partie de la journée, préférablement l'après-midi.

Il est conseillé de faire le relevé de ces pièges au moins une fois tous les 2 ou 3 jours, sinon les insectes eux-mêmes risquent de fermenter, ce qui cause leur perte.

 

 
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